Mots pliés et dépliés

Train de nuit. Le Paris-Varsovie.

Nov 2016

Les voyageurs qui entrent dans la Gare du Nord ont de la pluie sous leurs semelles. Les quais gris prennent alors une couleur noire brillante.
Il est déjà bien tard et entre quelques trains de banlieue, il attend le départ : le Paris-Varsovie. C’est un noble train, un grand train de nuit.

L’heure tardive est d’un bleu profond. Ce sont des moments remplis de joies silencieuses, de tristes pensées, de refrains de confiance ou d’amertume. C’est une musique du silence. C’est l’attente d’un nouveau jour, apportant dans le creux de ses ailes des espérances ou des regrets.

Peu à peu, le train prend de la vitesse et, sorti de la vaste banlieue, il se jette dans la nuit. Comme une longue flèche lumineuse, il déchire le noir glacial des mauvais rêves de trop de mauvaises nuits. La musique monotone du jeu des roues sur les rails balance mon âme.

Dans le couloir, à quelques pas de mon compartiment, se tient immobile une ombre féminine. Un être filigrane, tout de noir vêtu. Ses yeux d’un vert gris fixent les gouttes de pluie, qui viennent mourir sur les vitres du train. Un vent râleur chante dans la plaine une vieille chanson qui pleure la liberté.

Suis-je trop timide pour l’inviter à boire une tasse de café brûlant ? Est-ce son silence qui me saisit ? N’est-il pas dit que l’on ne doit pas réveiller es somnambules ? Ne sommes-nous pas des noctambules d’un trop long hiver, attendant le printemps nouveau ?
Et le train roule dans la nuit et il écrasera un jour tout ce qui pourrait nous séparer : de longs murs infâmes flétrissant les âmes et les mots sous un ciel tout délavé. Il appellera un jour une douce et tiède pluie qui trempera la robe lumineuse de l’ombre féminine sous un ciel d’été.

Et il prend son élan, invincible, dans la nuit : C’est le Paris-Varsovie.

1987 - 2007