Mots pliés et dépliés

Le canal

Dez 2016

Il est lourd de toutes ses eaux grises et froides sous le ciel d’hiver, gris et tendu.
Il a les pieds enfoncés au fond du lit profond et sombre et cela lui donne tant de peine à bouger, à avancer de quelques pas sous ce ciel lourd qui ne semble même pas vouloir craquer.
Il a entendu dire que quelque part un canal s’est pendu, sous un ciel gris et humide. Il se dit que cela doit donc être vrai, puisque Brel l’a chanté !
Puis dans l’étau de ses berges de pierre, sous la pression de ses eaux lourdes et tristes, tout est un joug pour lui sous cette surface liquide, lisse et impassible. Et si quelque chose pourrait lui faire oublier toutes ses chaînes !

Quelques premiers chants d’oiseaux et les premiers rayons d’un soleil enfin chaud. Et déjà, le long des berges, il entend les rires des mômes, des moineaux. Ils se mettent à courir dans toutes les directions, à se cacher, à se faire peur... prémices d’une jolie folie printanière.
Les filles dans leurs robes légères d’un été qui sera beau et chaud jouent les Marilyn Monroe. Et les garçons dans de trop grands maillots font les clowns, les Johnny Weissmüller, les charlots, les Al Pacino ; pour les petites divas, ces sirènes au bord de l’eau.

Et tout au fond du cœur du canal, il commence à faire chaud.
Sans même la peur de boire la tasse, se secouant comme un gros chien triste, il se met à nager à fortes brassées vers les eaux limpides d’un fleuve calme ou agité.
Ce n’est plus très loin et déjà la mer est en vue. Les premiers embruns salés lui grattent le nez.
La liberté océane.
Et le canal rit de toutes ses eaux rieuses et remuées sous un ciel d’été.

Sur la plage, il y a des petites divas, des petits charlots, des sirènes, des tarzans à trop grand maillots.
Il y a des yeux qui caressent, des premières étreintes fragiles, des baisers timides et juvéniles...
Et au milieu de tout cela, il y a un canal fou de joie qui, au milieu de l’océan, s’étend de toutes ses eaux.