Mots pliés et dépliés

La petite vieille et les oiseaux

Nov 2016

Elle avance à petits pas, un peu vacillants. Tout semble être frêle en elle. Elle a un petit corps bien fragile, une coquille d’œuf d’un jaune pâle et d’une épaisseur bien fine.
Et tout doucement, bien lentement, elle marche vers son banc. Son banc bien à elle ; dans un coin du parc, au milieu de sa ville ; au milieu de toutes ces pelouses interdites. Au milieu de sa ville, vers la fin de cette vie ; entourée des chants des oiseaux et des rires des enfants.
Elle a, hiver comme été, toujours avec elle sa couverture de laine, qu’elle déploie sur son banc. Et elle s’emmitoufle bien dedans.

Elle donne à manger aux oiseaux ; même si c’est interdit, contre les règlements. Ses petites mains tremblantes plongent dans le fond de son vieux sac, et en font ressortir des nobles présents. C’est bien plus beau et plus fort que tous les diamants du monde, ces petites graines et ce morceau de vieux pain blanc. Des éclats de joie étincelants.
Et tous les moineaux, merles et pigeons se rassemblent autour d’elle. Puis se collant à ses fines chevilles, ils lui réchauffent ses petits pieds.

Dans le milieu d’un jour d’avril, entre pluie et soleil, au milieu de toutes ces pelouses interdites : l’âme de la petite vieille s’est vue pousser des ailes.
Elle, bien emmitouflée dans sa couverture de laine ; les oiseaux du parc l’ont emmenée vers un autre banc. A grands corps d’ailes, vers d’autres rivages bordés de sable chaud et blanc ; volant à travers de milles et un arcs-en-ciel ; loin devant.
Loin de toutes ces pelouses interdites, de tous ces règlements.
Laissant dans un coin du parc, au milieu de cette ville, un vieux banc ; seul et bien triste dans ce moment…