Mots pliés et dépliés

L'impasse des cœurs pluvieux.

Jan 2017

Les perles de pluie posées sur les carreaux des fenêtres.
Les perles de pluie qui bloquent mon regard.
Mon regard posé sur les aiguilles de l'horloge.
L'horloge de l'église Sainte Victoire, frappée par la pluie.
Minuit encore. Minuit toujours.
Mon regard posé sur la rue.
La rue des mystères, la rue des mystères de nos cœurs pluvieux.
Cette rue est une impasse.
La fin des jours heureux.
Et au fond de l'impasse, perdus, battus par la pluie; mon cœur, nos cœurs.
Eux, qui n'étaient que, pour quelques instants, de passage.
Nos cœurs pluvieux.
Nos cœurs, qui respirent tous les secrets de nos âmes.
Nos cœurs, jettés, malmenés; sans aucune instruction pour un nouvel usage.
Et parfois, des gamins les prennent pour quelques balles et les jettent avec leurs pieds contre le mur de l'impasse.
Et puis, ennuyés, ils les laissent de côté.
Nos cœurs bien seuls, bien las.
La solitude de chaque goutte de pluie.
La solitude de mon cœur au pied du mur de l'impasse.
Mon cœur, nos cœurs, jetés, malmenés; rejetés par une mer furieuse.
Le ressac abrutissant des chansons, des complaintes de nos âmes.
Nos cœurs, nos âmes, qui tiennent à peine debout, au fond de l'impasse.
Le rire émouvant et sinistre de nos cœurs pluvieux.
Une fuite sans issue, à corps perdu, sans usage.
Le chant de nos cœurs pluvieux dans l'impasse.
Nos cœurs perdus, de passage, cherchant à toute âme, le mystère des jours heureux.